Le début de la Carretera Austral : Villa O’higgins à Coyhaique

tortel passerelles

Premiers coups de pédales sur la célèbre carretera austral après avoir débarqué du lago O’higgins, à 21h30. Une crevaison à 22 heures nous oblige à finir à la frontale. La première du voyage !

Après une décompression légitime suite à notre périple en montagne au lago Desertio, nous  ne repartons qu’après 15 heures le lendemain, un peu avant la compagnie belge, espérant nous retrouver le soir sur la route. Il n’en sera rien. Au km 31, Castillo, vacher depuis 35 ans, âgé de 78 ans, nous invite à occuper le refuge à proximité de sa maison, avec un petit coin de cheminée. Les gallinas courent dans les champs, et Castillo offre une douzaine d’œufs frais avec une bassine d’eau, apporté en brouette.  Menu  du soir : œufs  brouillés et pasta party.

Au petit matin, lundi 5 décembre : c’est l’anniversaire de notre princesse ! Elle ouvre ses cadeaux avec enchantement mais le gâteau à la frutilla sera pour plus tard. La matinée pluvieuse et le chemin accidenté avec de bons petits cols, ne nous présage rien de formidable, mais le moral revient avec le soleil, et surtout l’accueil chaleureux sur le traversier pour se rendre à Puerto Yungay. Les marins nous invitent à dîner avec eux. Premier repas offert sur la carretera austral, extra et excellent ! On apprend qu’ils travaillent pendant 20 jours sur le bateau et ensuite repos équivalent à Aysen. Puis le capitaine nous informe qu’il a téléphoné au poste militaire, et Lionel, l’unique militaire de la base nous y accueille comme des rois. Pain maison tout chaud, thé et le fameux dulce de leche avec la douche en prime… le grand luxe. Les œufs de Castillo resteront pour le lendemain si on évite l’omelette sur le chemin !! Il évoque son travail à la base militaire, limité à préparer le campement lorsque des militaires sont en transit à Puerto Yungay. La Carretera Austral, impulsée par Auguste Pinochet, a été construite par l’armée et continue d’être entretenue par celle-ci. La DDE locale porte ainsi l’uniforme !

Mardi 6 décembre, direction Tortel. La route est suspendue dans une Quebrada de la Cordillère des Andes. Nous nous transformons en pousseurs de bobsleigh car les pentes abruptes sont trop fortes pour nos mollets pourtant entrainés. 7 km pour la première heure, c’est dur. Ce village de pêcheurs suspendu sur pilotis et caillebotis, unique en son genre, est en pleine expansion. Un enchainement surprenant de passerelles et d’escaliers en bois permettent d’explorer agréablement l’ensemble des baies de Tortel sous le soleil pacifique du Chili. Néanmoins, les coupures d’électricité et d’eau rappellent que nous sommes flanqués au bord de l’océan et du hielo continental norte.

La végétation verdoyante contraste avec les volcans, les glaciers, et les rivières bleues turquoise des Andes. Miguel, un commerçant ambulant depuis 21 ans, nous parle de la transformation de son pays, et son soucis du changement climatique actuel en Patagonie. Très intéressant, surprenant ! Ici, l’eau coule à flot. Au nord du Pays, le sable du désert d’Atacama ne la touche pas pendant des périodes  de 14 ans.

Cette magnifique Carretera Austral devient de plus en plus chaude. L’été s’installe rapidement : 33°.On a troqué les vestes et bonnets contre short et crème solaire. Le ripio, le ripio, le ripio, ça balance dans tous les sens, un peu pénible, mais passage obligatoire pour découvrir toutes ces petites merveilles de la Patagonie chilienne. On  rattrape nos 3 amis belges car pour eux, pas de bol, crevaisons sur crevaisons, ils abandonnent et improvisent un camp. Notre échappée ira jusqu’au lac pour installer la tente. Tessa s’amuse avec cailloux et petits bateaux au bord de l’eau.

On découvre que la Carretera Austral est le petit paradis des cyclotouristes : rond de jambes au bord du Rio Baker et du lago Général Carrera, wouahou !  Des dizaines de rencontres venant du monde entier pédalent avec nous mais souvent dans l’autre sens ! Des californiens, allemands, italiens, belges, colombiens, roumains, polonais mais surtout beaucoup de français ! Mathilde et Julien, Yannick et Shirley et tous les autres ! On se donne les bons tuyaux, on se raconte nos aventures. Etonnement général quand Tessa sort de la carriole. Cuanto años tienes ? 3 años, répond-elle !

Le ripio se transforme en route goudronnée. Soleil au beau fixe, vent en sourdine, nous filons à vive allure vers Coyhaique, capitale de la région d’Aysen. Le compteur indique 1 850 km. Le gâteau d’anniversaire à la frutilla est commandé. A table avec la compagnie belge !

: crevaison nocturne, les taons, aubergistes peu sympathiques

+ : premiers œufs, repas et nuitée offerts, Tortel

Anecdote du moment : un gaucho local d’une soixantaine d’année n’est  jamais allé au village de Tortel, à moins de 100 km de chez lui. Wouahou !

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